
Barack Obama : portrait d’une légende inachevée - ACTU [ 08/01/2008 - 03h55 ]
Physique à la Tiger Woods, éloquence à la John F. Kennedy, histoire digne d’un self-made-man, Barack Obama n’avait, aux yeux de l’Amérique, pratiquement qu’un défaut : il fumait. Mais l’homme qui se dresse sur la route d’Hillary Clinton a tenu sa première promesse de campagne en renonçant, comme il l’avait juré à sa femme, au tabac.
AFP/Saul Loeb
Va-t-il aujourd’hui tenir toutes ses promesses en remportant les primaires démocrates, puis l’élection de novembre ? Improbable il y a encore quelques mois, le succès de Barack Obama n’est plus impossible. Face à une Hillary Clinton symbolisant l’expérience, le sénateur de l’Illinois, qui n’a même pas achevé son premier mandat, a prouvé que l’épaisseur d’un CV n’avait rien d’indispensable. L’histoire américaine donne d’ailleurs raison à ce « junior ». En 1960, un John F. Kennedy avait bien battu un Richard Nixon vice-président, et, en 1992, Bill Clinton, qui n’avait pour seul bagage que d’avoir été gouverneur du petit Etat de l’Arkansas, avait bien terrassé George Bush père, un président sortant d’une victoire lors de la première guerre du Golfe.Plus blanc que noir de culture« L’espoir est ce qui m’a conduit ici. Avec un père kenyan, une mère du Kansas et une histoire telle qu’il n’en existe qu’aux Etats-Unis », avouait, ému, au soir de la primaire de l’Iowa, cet enfant né d’un père noir qui a rapidement quitté le foyer familial et d’une mère blanche. Barack Obama, qui n’a que quarante-six ans, n’est cependant pas un Afro-Américain classique. Plus blanc que noir de culture, ce métis offre un visage dans lequel peuvent se reconnaître aussi bien les minorités qu’une Amérique blanche. Brillant élève, passé par les plus grandes universités (Columbia, Harvard), cet enfant de la classe moyenne qui a grandi en partie en Indonésie et à Hawaii aura aussi dirigé la prestigieuse « law review » de la fac de droit de Harvard. Si, physiquement, celui qui est actuellement le seul Noir siégeant au Sénat a des allures d’outsider, il a su se hisser au sein de l’« establishment » qu’il prétend aujourd’hui vouloir combattre.Marquer l’HistoireAvocat ayant renoncé à une carrière qui s’annonçait rémunératrice pour se lancer dans des causes sociales, Barack Obama n’a percé sur la scène nationale que lors de la convention démocrate de 2004. Celui qui n’était encore qu’un élu local de l’Illinois avait, par son éloquence, conquis la foule. « Les mots peuvent inspirer », répondait-il d’ailleurs ce week-end à une Hillary estimant que ses beaux discours pesaient moins que sa propre expérience, à elle. En homme pressé, ce joueur de poker veut griller les étapes. Le clan Clinton, qui a trop longtemps cru qu’il attendrait poliment son tour, a refusé d’admettre que son ambition était de marquer l’Histoire.Faisant la course en tête, ce père de famille modèle (deux filles de neuf et six ans), décrit comme un mari fidèle, va devoir faire face à un torrent de critiques et de rumeurs émanant aussi bien du camp d’Hillary Clinton que de celui des républicains. Lui qui a déjà avoué avoir goutté à la cocaïne et dont le second prénom est Hussein (en hommage aux origines musulmanes d’un père devenu athée) offre une cible facile pour les extrémistes. Se voulant l’homme de la réconciliation nationale et le symbole d’une Amérique postraciale, Barack Obama, qui a fait d’Abraham Lincoln son modèle, n’a encore écrit que les premiers chapitres d’un destin qui pourrait s’avérer légendaire.
D. BX. (Bureau de New York)

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